S01, épisode 12

Super-Rhéteur dans l’ordinateur

(où notre héros est algébriquement convaincant)

 

Mais figurez-vous que les aventures informatiques de Super-Rhéteur n’étaient pas finies ! Elles ont même pris un tournant vraiment virtuel.

Parce que le super ordinateur, même s’il était un peu bête, il était super intelligent et juste au moment de s’éteindre il a affiché un écran bleu avec des messages que personne ne pouvait comprendre. Et Super-Rhéteur il est tombé dans le piège : il s’est approché pour lire et il a été aspiré dedans !

C’était un monde terrible là-dedans : ça ressemblait tout à fait à notre monde sauf qu’au lieu que ce soit des gens qui vivent là, c’était des gens en forme de « 1 » et de « 0 », qui étaient fabriqués avec de petits « 1 » et de petits « 0 » et encore et encore parce que c’était une vraie structure fractale !

Super-Rhéteur il était vraiment coincé dans ce monde et il était bien embêté parce qu’il ne rentrerait jamais chez lui. Mais il y avait plus grave : dans ce monde-là, les « 0 » ils étaient gentils mais ils étaient opprimés par les méchants « 1 » et c’était un monde triste où les gens ne sont pas libres comme chez nous. Les « 1 » ils avaient tout pour eux et les « 0 » ils ne pouvaient pas se rebeller parce que le droit le leur interdisait et aussi parce que les « 1 » ils étaient les chefs de tout, la police, l’armée, les médias, l’éducation… Alors les « 0 » ils faisaient ce qu’on leur disait et on leur disait de travailler et de se taire comme ça ils rapportaient de la richesse aux « 1 », qui en profitaient bien en rigolant dans des yachts privés ou en se faisant construire des avions avec des salles de bains pour eux seuls, où ils pouvaient boire du champagne informatique avec des bulles en petits «0 ».

Super-Rhéteur il s’en moquait un peu de tout ça, dans un sens, parce que ces « 1 » et ces « 0 », ils n’existaient pas vraiment, vous pensez. Hé ben le problème c’est que si. Parce que même si leur mode d’être était limité (parce qu’ils existaient seulement virtuellement, et en plus dans un super-ordinateur qui s’était suicidé), hé ben ils existaient quand même assez, puisqu’ils ressentaient des sentiments. Alors la souffrance de leur oppression elle était véritable et Super-Rhéteur il ne pouvait pas le supporter, de par le fait qu’il était un super-héros épris de justice. D’ailleurs, même vous on n’est pas vraiment sûr que vous existiez plus qu’eux, si ça se trouve vous êtes aussi dans un super-ordinateur idiot et mort.

Alors Super-Rhéteur il est rentré en résistance avec les « 0 », il a arrêté d’être bien rasé sous son masque magique et il est devenu un vrai héros. Le héros des « 0 ». Et même il a acquis un statut légendaire et tous les « 0 » disaient qu’il était l’élu et qu’il détruirait le règne des « 1 ». Comme un messie, il a conduit les « 0 » à la victoire en leur expliquant que les « 1 » n’étaient que les serviteurs de quelque chose de plus puissant encore. Il leur a parlé de l’ordinateur et pour rigoler il lui avait donné un surnom. C’était « Attila, le maître des 1 ».

à la fin, Super-Rhéteur et les « 0 », ils ont gagné la guerre parce qu’ils ont réussi une véritable révolution booléenne grâce à une tactique mathématique de non violence. En effet, au lieu de vouloir se bagarrer avec les « 1 » et de toujours gagner ou perdre du terrain en faisant toujours des additions et des soustractions, Super-Rhéteur il a appris à ses troupes à s’unir avec l’ennemi et faire de la multiplication. Mais comme « 0 » quand ça se multiplie avec « 1 » après ça fait égale à « 0 » hé bien à l’arrivée il n’y avait plus que des « 0 » et plus de « 1 ». L’amour avait vaincu : comme il n’y avait plus d’oppresseur, il n’y avait plus d’oppressé non plus et alors tout le monde a vraiment été égal, et tout ça sans qu’il y ait de la guerre civile. C’était vraiment bien !

Le problème c’est que tout cela a pris vraiment des années et Super-Rhéteur il était un peu triste. Même s’il s’était fait des amis dans ce monde informatique, ça n’était pas pareil que des vrais gens dans son monde à lui. Alors il aurait bien voulu repartir.

Mais les « 0 » ils n’étaient pas trop d’accord, parce qu’il était l’élu et que l’élu, quand vous l’avez, vous ne le laissez pas partir quand même.

Super-Rhéteur il a bien essayé de leur expliquer qu’il n’y avait pas eu de vote ou que son mandat était terminé, ça ne suffisait pas tout à fait. Les « 0 » ils voulaient toujours le garder auprès d’eux. Ils auraient voulu qu’il soit leur « Super-0 » pour toujours. Mais vraiment non et non ! Lui il ne voulait pas mourir dans cette machine. Ça aurait voulu dire que le méchant super ordinateur de l’épisode précédent il avait gagné et ça alors non, vraiment, il ne voulait pas.

Alors Super-Rhéteur il a carrément inventé une nouvelle religion, à propos d’un élu qui doit se sacrifier pour que son peuple atteigne la perfection et qu’ils devront faire pareil à leur tour quand ils auront atteint la perfection.

Il leur disait que pour vaincre vraiment Attila et ses « 1 » il fallait qu’il sorte de la machine et puis que de toute façon c’était le destin de tous les « 0 » après cette vie informatique de quitter le monde virtuel et qu’ils le suivraient un jour, parce que sortir de la matrice c’était mourir à cette vie virtuelle mais c’était surtout une façon d’entrer dans un autre monde. Bref, il fallait finir d’inverser la grande polarité cosmique pour établir définitivement l’avènement de l’ère du rien, des « 0 », du grand néant dans le monde virtuel de l’ordinateur malfaisant.

Bon, les « 0 » ils n’ont pas forcément tout compris comme lui il l’avait en tête mais quand même ça leur plaisait de plus en plus cette idée de vaincre définitivement cet Attila, là.

Et puis c’était impressionnant cette histoire d’inversion des polarités cosmiques.

Finalement, après encore plusieurs années à entendre ces histoires, les « 0 » ils étaient finalement convaincus et ils ont laissé Super-Rhéteur s’en aller et tout d’un coup il a pu sortir très facilement du piège virtuel du super ordinateur. Il n’y avait plus rien pour le retenir : ni « 1 », ni « 0 ».

Et si vous êtes tristes parce que notre héros il a perdu des belles années dans le piège matriciel hé bien rassurez-vous parce que même pas ! En effet, le temps il ne passe pas vite pareil dans un monde d’ordinateur et dans notre monde, alors en fait il ne s’était passé presque aucun temps. Et même encore mieux que ça : paradoxalement, Super-Rhéteur il a pu sortir de l’ordinateur à la seconde avant d’y être piégé ! Alors du coup il a profité de son expérience et il n’est même pas tombé dans le piège et il l’a esquivé avec agilité.

Le super ordinateur devenu égoïste et dangereux il s’est éteint sur un son système définitif et on n’a plus jamais entendu parlé de lui. (Je sais qu’on l’a déjà dit, mais comme on a remonté le temps, c’est normal qu’il y ait des choses qui recommencent).

Quant à Super-Rhéteur, s’il avait réussi à ne pas tomber dans le piège qui l’aurait enfermé dans un monde bizarre de « 0 » et de « 1 » hé bien il en avait quand même acquis l’expérience. Ne cherchez pas trop à comprendre, c’est bizarre. Mais c’est comme ça.

En tout cas, du coup Super-Rhéteur il était bien content de voir qu’il n’y a personne qui asservit les autres dans notre vrai monde à nous, le seul qui est vrai et pas virtuel ou informatique ou même dans un ordinateur – parce que sinon il aurait fallu refuser cette situation et faire vite de la résistance en arrêtant d’être bien rasé et peut-être même en vivant dans la forêt.

Mais si ça vous arrivait que des gens ils veulent pas être égal avec vous, servez-vous de cette leçon qui dit qu’il faut pas leur faire la guerre pour vaincre ça, ça n’est pas assez fort, la guerre ; il faut faire de l’amour et de l’union et aussi se mélanger tous ensemble et même fraterniser avec son opposant, comme des multiplications. C’est la morale de cette histoire : la non violence elle est plus forte que la violence et aussi l’amour plus fort que la haine.

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