S01, épisode 6

La fureur de Super-Rhéteur

(où notre héros défait une horde sanguinaire)

De tous temps les hommes se sont interrogés sur le sens de l’existence et ils ont posé la question : « pourquoi ? ». Mais aussi de tout temps il y a eu des hommes qui ne se posaient pas trop de questions et qui voulaient juste de l’argent et violer des femmes et casser les choses des autres. De tous temps il n’y a pas toujours eu quelqu’un pour rétablir la justice. Heureusement, des fois, il y avait des héros. Et un de ces héros, c’était Super-Rhéteur. Même s’il est mort renversé par une voiture, c’était un vrai super-héros. Alors moi je raconte son histoire.

C’est comme la fois où il a sauvé tout un monastère de moines tibétains. C’était un monastère qui vivait dans les montagnes. Les moines n’avaient tous pas de cheveux et toute la journée ils priaient ou méditaient ou faisaient du jardinage dans le potager pour manger ou nettoyaient le monastère ou parlaient un peu ou faisaient pipi et caca ou se lavaient, c’est tout, vraiment rien d’autre. La nuit, par contre, ils dormaient seulement.

On peut croire que ça n’était pas une vie très drôle et c’est vrai, mais eux comme ça ils étaient contents et puis au moins ils n’embêtaient personne. C’était leur façon à eux de se poser la question du sens de l’existence.

Mais dans les mêmes montagnes, pas très loin, il y avait le campement de méchants bandits. Eux, ils étaient bêtes et violents et ils ne se posaient aucune question, ils préféraient crier et grogner et casser les maisons de ceux qui étaient moins forts qu’eux pour violer leurs femmes de force et manger leurs enfants en rigolant.

Dans les montagnes, il n’y a pas la police, alors ces bandits posaient un vrai problème. Puis des fois, ils allaient chez les moines dont on a parlé tout à l’heure et ils cassaient leur monastère et puis comme il n’y avait pas de femmes, ils violaient les moines et comme il n’y avait pas d’enfants, ils mangeaient tous leurs légumes en rigolant.

Un jour, les moines en ont eu assez qu’on mange leurs légumes et qu’on les viole alors ils ont été chercher de l’aide en envoyant un messager à Super-Rhéteur, qui est venu très vite. Il a attendu dans le monastère que les bandits reviennent et quand ils sont arrivés, au début il n’a pas bougé, puis quand ils ont commencé à manger les légumes et casser le monastère et violer les moines il est allé les voir un par un pour leur demander pourquoi. A chaque fois les bandits répondaient « parce que j’ai faim » ou « parce que je suis méchant » ou « parce que je veux un orgasme », tout ça en riant et en rotant, et aussi en pétant.

Mais alors Super-Rhéteur très poliment leur demandait à tous « pourquoi ? », et là ils étaient un peu embêtés pour répondre, mais ils essayaient quand même : « parce qu’il faut se nourrir », « parce que le méchant est plus heureux que le bon », « parce que ça donne du plaisir ». Et Super-Rhéteur continuait à demander pourquoi, et les bandits avaient de plus en plus de mal à répondre, et lui ne les laissait jamais tranquilles et continuait toujours à demander pourquoi, pourquoi, pourquoi.

Les bandits s’étaient regroupés en rond autour de lui, et le combat éristique a continué toute la nuit et puis encore les jours et les nuits d’après. Un à un, les bandits s’effondraient parce qu’ils étaient fatigués ou bien ils avaient trop mal à la tête de jamais vraiment avoir fini d’expliquer pourquoi. Après, il n’y avait plus que le chef des bandits, le plus sale et gros et méchant. Il n’avait plus que la moitié de ses dents. Le combat a duré neuf jours sans s’arrêter ni pour manger ni pour dormir ni rien. Ensuite, Super-Rhéteur a triomphé de celui-là aussi, juste en demandant pourquoi encore une fois de plus.

Chaque fois qu’un des bandits tombait, Super-Rhéteur poussait un petit cri d’arts martiaux parce qu’il était content d’être victorieux. Mais il était vraiment déchaîné. Il y avait soixante-deux bandits, et c’est beaucoup !

Quand ils se réveillaient, les bandits n’étaient plus si méchants et ils se demandaient « Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? » et ils s’interrogeaient sur le sens de l’existence, brisés par le θαυμάζειν de Super-Rhéteur. Alors ils sont devenus copains, les moines et les bandits, parce qu’ils étaient devenus pareils, et les bandits ont aidé les moines à reconstruire tout ce qu’ils avaient cassé. Sauf le chef, parce qu’il ne s’est jamais réveillé.

Quand tout a été reconstruit, Super-Rhéteur est reparti, quittant les montagnes éternelles et grandes, la tranquillité retrouvée du monastère et tous ses nouveaux amis, pour aller chercher ailleurs le sens de l’existence. Il avait certainement ses raisons.

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